VIH : le prix des traitements antirétroviraux est en baisse, mais les traitements ‘de rattrapage’ coûtent 18 fois plus cher que ceux de ‘première ligne’

Les accords commerciaux et la pression sur l’Inde, ‘pharmacie des pays en développement’, menacent l’accès aux médicaments

Wednesday, July 20, 2016 — Durban, Afrique du Sud, 21 juillet 2016 – Médecins Sans Frontières (MSF) présente aujourd’hui à la conférence internationale sur le VIH/SIDA en cours à Durban, en Afrique du Sud, la 18ème édition de son rapport sur les prix des traitements contre le VIH, « Untangling the web of antiretroviral price reductions ». Ce rapport met en évidence que si le prix des médicaments les plus anciens continue de baisser, les nouveaux traitements demeurent hors de prix. Ceci est largement dû au maintien de positions de monopole de la part des laboratoires pharmaceutiques, qui empêchent l’arrivée sur le marché de médicaments génériques à moindre coût.

Le prix le plus bas pour une combinaison en dose fixe de première intention, de bonne qualité et répondant aux critères fixés par l’Organisation Mondiale de la Santé, est de 100 dollars (environ 90 euros) par personne et par an[1]. Ceci représente une diminution de 26% depuis la dernière fois que MSF a relevé ce prix, en 2014 (136 dollars, soit 122 euros). Un traitement de deuxième intention coûte quant à lui, au minimum 286 dollars (258 euros) par personne et par an – 11% de moins par rapport aux 322 dollars (291 euros) d’il y a deux ans[2].

Ces prix continuent de diminuer grâce à la concurrence des producteurs de médicaments génériques dans certains pays-clé, comme l’Inde. Mais le prix des médicaments les plus récents – comme ceux nécessaires pour les patients qui n’ont plus d’autres options thérapeutiques contre le VIH – demeure très élevé, notamment à cause du monopole exercé par les compagnies pharmaceutiques.

Le prix le plus bas pour un traitement dit ‘de rattrapage’ est de 1 859 dollars (1 681 euros) par personne et par an[3], soit 18 fois plus cher qu’un traitement de première intention, et plus de six fois plus cher que les traitements de deuxième intention les moins chers. Le prix d’un traitement ‘de rattrapage’ a diminué de seulement 7% depuis 2014, quand il coûtait 2 006 dollars (1 813 euros). Tous ces prix représentent les prix les plus bas disponibles à l’échelle mondiale, mais de nombreux pays, et notamment ceux dits ‘à revenus intermédiaires’, achètent ces médicaments à des prix bien plus élevés, les brevets pharmaceutiques ne leur permettant pas d’avoir accès aux médicaments génériques.

« Nous devons pouvoir accéder aux nouvelles combinaisons thérapeutiques dont les patients vont avoir besoin  à l’avenir, sans quoi ils n’auront plus de choix, explique le Dr. Vivian Cox, médecin référent du projet MSF à Eshowe, en Afrique du Sud. Nous devons faire pression maintenant pour être sûr qu’à l’avenir nous ne vivrons pas une autre crise d’accès aux traitements comme celle d’il y a plus de dix ans : des traitements vitaux étaient alors simplement hors de prix pour des millions de personnes qui en avaient besoin ».

Dans les pays en développement, le nombre de patients ayant besoin d’un traitement ‘de rattrapage’ est aujourd’hui relativement faible. Mais l’utilisation croissante de la mesure de la charge virale pour le suivi des personnes sous traitement permet d’identifier davantage de patients dont le traitement en première ou deuxième intention n’est plus efficace, et qui doivent donc recevoir une autre combinaison de médicaments. Ainsi, dans les projets VIH de MSF, le nombre de patients recevant un traitement ‘de deuxième ligne’ a presque doublé depuis 2013.

L’Inde, premier producteur au monde de médicaments abordables contre le VIH, est souvent définie ‘la pharmacie des pays en développement’ ; plus de 97% des traitements antirétroviraux utilisés par MSF dans ses programmes sont des médicaments génériques indiens. La politique indienne en matière de brevets pharmaceutiques est très stricte, ce qui a permis la concurrence entre producteurs de génériques et a entraîné à son tour la diminution de 99% du prix des traitements de première ligne – de 10 000 dollars (environ 9 000 euros) par personne et par an en 2000, à environ 100 dollars (environ 90 euros) aujourd’hui.

Aujourd’hui l’Inde doit faire face à une intense pression, en particulier de la part des Etats-Unis et du lobby des laboratoires américains : ils demandent qu’elle revoie sa politique actuelle en matière de brevets, qui met la santé des gens avant le profit. D’autres pays, comme l’Union Européenne, le Japon et la Corée du Sud, sont en train de préparer ou de négocier des accords commerciaux qui restreindraient la production de médicaments abordables à l’avenir. Si l’Inde devait être obligée de changer ses politiques en matière de brevets dans le cadre de ces accords, la production de génériques indiens se trouverait en grave danger.

« L’Inde fait face à des demandes pressantes de ‘fermer le robinet’ des médicaments abordables, qui sont vitaux pour des millions de personnes en Inde, mais aussi dans tous les pays en développement, explique Leena Menghaney, responsable de la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels (CAME) de MSF en Asie du Sud. L’Inde doit résister aux pressions des Etats et des compagnies pharmaceutiques, et ne pas changer ses lois et politiques en matière de brevets, ou de nombreuses personnes à travers la planète seront confrontée à une crise d’accès aux médicaments à l’avenir ».

 

[1] Ténofovir / emtricitabine / éfavirenz  

[2] Zidovudine / lamivudine + atazanavir / ritonavir

[3] Raltégravir + darunavir / ritonavir + étravirine.