MSF profite de la conférence internationale sur le SIDA de Durban pour appeler à un plan global de qualité contre le VIH

Monday, July 18, 2016 — MSF profite de la conférence internationale sur le SIDA de Durban pour appeler à un plan global et mobiliser les acteurs mondiaux afin de mettre en place immédiatement des soins de qualité contre le VIH dans les pays négligés

Alors que d’immenses progrès ont été réalisés en Afrique australe depuis la première conférence de Durban en 2000, des manques  en termes de traitement, aussi meurtriers qu’évitables, persistent dans d’autres pays.

Durban, Afrique du Sud, 19 juillet 2016 - À l’occasion de la conférence internationale sur le SIDA de Durban, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle les acteurs mondiaux de la lutte contre le VIH/SIDA à établir et à mettre en place un plan de lutte efficace contre l’accès insuffisant aux antirétroviraux dans les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Dans cette région du monde, la couverture antirétrovirale est en effet inférieure à trente pour cent. Cet appel survient au moment où MSF publie de nouvelles données sur l’Afrique australe qui montrent que la mise en place des recommandations préconisant de « dépister et traiter » est tout à fait réalisable. Pour cela, il est cependant nécessaire de mettre en place des activités proactives à base communautaire  visant à dépister et à mettre en relation les personnes séropositives avec des organismes de santé qui leur proposent des soins et un soutien médical sur le long terme.

La situation actuelle dans différents pays d’Afrique de l’Ouest et centrale rappelle celle de la conférence de Durban de 2000, lors de laquelle Médecins Sans Frontières avait appelé à accroître l’accès à des antirétroviraux abordables en Afrique australe, où un nombre sans précédent de personnes séropositives vivent aujourd’hui longuement et en bonne santé grâce au traitement. Comme nous l’avons vu, le soutien de la société civile et de la communauté ainsi que l’accès à des médicaments abordables jouent un rôle déterminant pour permettre aux personnes d’accéder aux thérapies antirétrovirales et de les suivre sur le long terme. Si l’on ne parvient pas à atteindre les populations des régions négligées, il sera difficile d’atteindre l’objectif mondial de mise sous traitement de 30 millions de personnes d’ici 2020 et de remplir celui des 90-90-90 de l’ONUSIDA.*

Dans le cadre de son projet au Swaziland, MSF a rassemblé des données dans neuf structures de santé de la région rurale de Shiselweni. Celles-ci ont montré que parmi les personnes qui avaient débuté un traitement avec un taux de cellules CD4 supérieur à 500, 90 pour cent étaient toujours sous traitement six mois plus tard. Les données recueillies par MSF dans la province du KwaZulu-Natal (KZN), en Afrique du Sud, ont montré que lorsque les patients recevaient un traitement, même ceux avec un taux de CD4 plus élevé, 80 pour cent des cas étaient toujours sous traitement douze mois plus tard, qu’ils aient commencé un traitement avec un taux de cellules CD4 inférieur ou supérieur à 350. Les taux d’initiation sont restés stables chez les patients dont les taux de CD4 étaient inférieurs à 350. Ces résultats montrent bien que les patients qui commencent un traitement antirétroviral restent sous ART lorsqu’ils en ont la possibilité, sans pour autant compromettre l’accès aux soins des cas les plus graves.

Toutefois, il ne sera pas possible de tester, de proposer un traitement ni d’assurer une observance à vie sans mener des activités proactives de sensibilisation auprès des populations avant qu’elles ne tombent malades. Les stratégies communautaires de MSF pour dépister les populations du KZN sont particulièrement efficaces auprès des personnes testées pour la première fois, notamment des étudiants, des jeunes femmes à risque ainsi que des jeunes hommes qui ne se rendraient pas de leur propre chef dans un centre de santé. Le porte-à-porte par des agents de santé communautaires permet d’atteindre des personnes de tous les âges et peut même s’avérer moins coûteux que le dépistage en centre hospitalier. Il ressort de ces actions de proximité que les personnes diagnostiquées dans des sites de dépistage mobiles et décentralisés en 2015 comptaient un taux médian de cellules CD4 plus élevé (462 cellules/mm3) que celles testées dans les structures de santé (363 cellules/mm3).

« Les soins aux patients ont un effet domino. Il est important d’impliquer l’ensemble d’une communauté pour que les personnes soient dépistés là où elles vivent et travaillent, et pour s’assurer qu’une personne testée positive commence bel et bien son traitement, est soutenue par une équipe médicale afin qu’elle s’y tienne sur le long terme, même lorsque la charge virale a commencé à baisser », explique Musa Ndlovu, coordinateur terrain adjoint de MSF dans le KwaZulu-Natal. « Les agents de santé au sein des communautés et des structures de santé jouent un rôle essentiel dans la mise en place d’un système de soins efficace ; ils permettent d’améliorer à la fois la qualité des soins et de l’accès aux traitements. Il faut que les autorités publiques emploient des travailleurs non professionnels et étendent leur utilisation dans toute la région afin qu’ils mènent des actions de dépistage, de traitement et de soutien à l’observance auprès de tous ceux qui en ont besoin. »

Bien que les pratiques en matière d’emploi de travailleurs non professionnels varient d’une région à une autre, l’absence de tels employés dans les centres hospitaliers a un important impact sur leur bon fonctionnement. Après que des emplois de conseillers non professionnels ont été supprimés – en deux phases - dans des structures de la province du KZN en 2015, le nombre de tests de dépistage du VIH menés dans les centres soutenus par MSF à Eshowe/Mbongolwane a baissé de 25 pour cent, puis encore de 13 pour cent. Le nombre de personnes commençant un traitement dans la région a également baissé de 20 pour cent en 2015.

Adopter des stratégies communautaires permettrait d’étendre la couverture antirétrovirale en Afrique de l’Ouest et centrale, où seulement près d’un quart des 6,5 millions de séropositifs ont accès aux traitements. Près d’un tiers des décès liés au SIDA dans le monde se produisent dans la région. Si nous voulons atteindre l’objectif des 30 millions de personnes sous traitement d’ici 2020 - auquel tous les gouvernements se sont engagés aux Nations unies en juin - il faut impérativement mettre 13 millions de patients supplémentaires sous traitement, dont un tiers vivent en Afrique de l’Ouest et centrale.

Dans un hôpital de Kinshasa, en République démocratique du Congo, où MSF travaille, un quart des patients séropositifs sont trop malades pour être sauvés lorsqu’ils arrivent. 39 pour cent d’entre eux meurent dans les 24 heures. En République centrafricaine, où la prévalence du VIH serait inférieure à cinq pour cent, 84 pour cent des décès à l’hôpital de Berbérati, où travaille une équipe de Médecins sans frontières, sont liés au VIH/SIDA, alors que dans le nord du pays, à Ndélé, à Kabo et à Batangafo, les équipes de MSF font état d’un taux de séropositivité de 33 pour cent dans les centres de conseil et de dépistage volontaire.

« La situation en Afrique de l’Ouest et centrale en matière de VIH nous rappelle la terrible période en Afrique australe où, il y a plus de dix ans, les gens mouraient et nous n’avions plus de traitements disponibles », explique le Dr. Eric Goemaere, coordinateur de l’unité VIH/TB au sein de l’unité médicale de MSF en Afrique australe. « Il existe des solutions pour remédier à ce besoin urgent de traitements. Il faut un gros coup d’accélérateur en Afrique de l’Ouest et centrale si nous voulons tenter d’atteindre l’objectif mondial du traitement du VIH. Avec tant de millions de personnes sous ARV, le droit à ces traitements ne devrait plus dépendre de l’endroit où vivent les malades. On ne peut pas abandonner ces gens. »

 

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*L’objectif des 90-90-90 de l’ONUSIDA vise d’ici 2020 à informer 90 pour cent des séropositifs sur leur statut, à placer 90 pour cent des personnes séropositives sous traitement antirétroviral et à faire baisser la charge virale au niveau « indétectable » (suppression virale) chez 90 pour cent des personnes sous traitement.

 

Depuis 2000, MSF fournit des antirétroviraux aux personnes atteintes du VIH/SIDA. MSF apporte aujourd’hui son soutien à 247 000 personnes sous traitement dans 19 pays.